Travailler les mots, mo(t)deler le travail ?

travailleurs modeler par les mots

Travailler les mots, mo(t)deler le travail ? Que disent les mots de nous ? De notre société ? De notre culture ? De notre histoire ? De notre mémoire ? De nos rêves ? De nos peurs ? De nos pensées ? 

Est-ce nos pensées qui influencent nos mots ou nos mots qui influencent nos pensées ? Bonne question, me direz-vous. Ce ne serait pas un peu comme se demander qui, de l’oeuf ou de la poule, est apparu·e en premier ou en première ?

Si différentes langues influencent notre esprit de différentes manières, ce n’est pas à cause de ce que notre langue nous permet de penser, mais plutôt à cause de ce à quoi elle nous oblige à penser habituellement.

Guy Deutscher, linguiste et auteur de Through the Language Glass et The Unfolding of Language.

Selon le linguiste Guy Deutscher, ce ne serait donc pas tant la question de ce que la langue nous permet, ou ne nous permet pas, de penser mais plutôt la question de nos habitudes de pensées.

Quand on a des habitudes, on peut en changer. Mais, parfois, c’est tellement automatique qu’on n’y pense pas. Ou bien, c’est simplement plus confortable de ne pas y penser. De ne pas y réfléchir. De ne pas s’y attarder. 

Je me souviens d’un professeur qui nous avait un jour dit, non pas sans un air de provocation, que les synonymes n’existaient pas. Que chaque mot avait un sens propre. Un sens propre qui pouvait d’ailleurs être figuré, quand on y pense. Ou encore un double-sens. Plusieurs sens.

Les mots ont leur importance. Ou tout du moins, nous leur donnons de l’importance. Après tout, c’est une de nos manières de communiquer. De nous comprendre. De nous méprendre. De nous entendre. 

Ne parle-t-on pas d’ailleurs de l’art de manier les mots, comme on pourrait parler de l’art de manier une épée ? Du poids des mots. De leur pouvoir. 

Les mots, comme les êtres humains, sont vivants. On parle d’ailleurs de langue vivante. Car la langue vit, change, évolue. Certains mots tombent dans l’oubli, ne sont plus d’usage, d’autres sont inventés ou redécouverts. 

Le travail n’y fait pas exception et on observe que son champs lexical, c’est-à-dire « l’ensemble de dénominations appartenant à cette même notion », a évolué. Alors que disent ces évolutions de notre rapport au travail ? De nos pensées sur le travail ? De nos regards ? De nos compréhensions ? Incompréhensions ?

Ces nouveaux mots sont-ils le résultat des évolutions du monde du travail ? Où ont-ils permis de (servi à ?) modeler ces évolutions ? Sûrement un peu des deux me direz-vous, ce qui nous ramène au paradoxe de l’oeuf et de la poule. 

Bien qu’il semble compliqué (impossible ?) de résoudre ce paradoxe, rien ne nous empêche de l’explorer. De le questionner. Alors, que disent ces nouveaux mots sur notre manière de penser le travail ? Sur notre rapport au travail ? Sur notre société ?

Pensées positives pour système positif ? 

Aujourd’hui les entreprises se veulent inclusives et libérées, sociales et solidaires. Les employeur·euses ne dirigent plus des employé·es mais oeuvrent en commun avec leurs collaborateurs et collaboratrices.

Génial, diront certain·es. Génial, ai-je, moi aussi, souvent pensé. Après tout, il faut positiver dans la vie. Tirer du positif. Être positif·ve. 

Mais penser une situation de manière positive la rend-elle pour autant positive ? 

Dire qu’employé·e et employeur·euse collaborent signifie-t-il qu’un lien de collaboration aurait remplacé le contrat de subordination ? Que signifie le fait de se revendiquer entreprise libérée, inclusive, sociale, solidaire ? Qu’est-ce qu’on met (cache ?) derrière ces termes spontanément jugés « positifs », qui suscitent donc, a priori, adhésion de tous et de toutes ? 

Minimaliser les mots pour minimaliser les problèmes ? 

Dans 1984, roman dystopique écrit par Orwell, le Ministère de la Propagande est nommé Ministère de la Vérité (Miniver). Un nom de propagande véritablement parfait puisque comment imaginer (penser ?) qu’un Ministère de la Vérité puisse dire des mensonges ? 

Le but du novlangue était non seulement de fournir un mode d’expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l’angsoc [socialisme anglais], mais de rendre impossible tout autre mode de pensée. Il était entendu que lorsque le novlangue serait une fois pour toutes adopté et que l’ancilangue serait oublié, une idée hérétique –c’est-à-dire une idée s’écartant des principes de l’angsoc- serait littéralement impensable, du moins dans la mesure où la pensée dépend des mots (…) L’invention de mots nouveaux, l’élimination surtout des mots indésirables, la suppression dans les mots restants de toute signification secondaire, quelle qu’elle fût, contribuaient à ce résultat.

1984, George Orwell, publié en 1949

La novlangue, langue inventée, c’est-à-dire « pensée » par Orwell, permet de réfléchir l’appauvrissement d’une langue, son instrumentalisation, son (re)modelage, dans le but de réduire et contrôler les possibilités de conception du monde de ceux et celles qui la parlent (pensent ?). On est toujours dans ce paradoxe d’un concept qui serait inimaginable puisque sans nom et sans nom puisqu’inimaginable. 

En supprimant les mots indésirables, comme « propagande » et en les remplaçant par d’autres mots connotés « positivement », comme « vérité » on ne minimalise plus seulement les « problèmes », on les fait disparaître, de nos mots, de nos pensées. Disparaître, tout court ?

En décrétant que nous sommes tous et toutes collaborateurs et collaboratrices, on fait disparaître de nombreux autres mots. Plus d’employé·es, plus d’employeur·euses. Plus de fonctionnaires, de contractuel·les, d’intérimaires, d’indépendant·es, de stagiaires, de bénévoles. Non, nous sommes tous et toutes collaborateurs et collaboratrices. Nous nous désignons tous et toutes par le même mot. 

Ce qui nous donne un bon mot fourre-tout, comme on les aime, n’est-ce pas ? Car quand ça veut tout dire, ça ne veut plus rien dire ? Et si ça ne veut plus rien dire, aucune raison d’avoir quelque chose à y redire ? 

Le « concept opérationnel » ou l’art d’être tou·tes d’accord ?

Dans les années 60, le philosophe Herbert Marcuse a développé ce qu’il a appelé le « concept opérationnel », que je résumerai par l’art (l’illusion ?) d’être toujours d’accord. Selon lui, utiliser des concepts tels que la justice, l’équité, la liberté sans réfléchir à ce que l’on met derrière n’est qu’une manière de s’assurer de mettre tout le monde d’accord.

Ainsi, si je dis que je suis une entreprise équitable et juste, spontanément cela évoque des concepts « positifs », donne envie, suscite adhésion. Mais dire cela sans détailler sa conception de l’équité et de la justice ne reviendrait-il pas seulement à utiliser un concept creux, puisque non défini ?

Tout le monde est d’accord avec la notion de justice. « Oui à un monde plus juste ! ». Mais qu’est-ce que cela veut dire un monde plus juste ? Un monde juste ? Qu’est-ce qui est juste ? Je ne sais pas vous mais moi, personnellement, je serai bien incapable de répondre à cette question, là comme ça. Parce qu’il n’y a pas de définition précise de ce concept, parce que tout le monde n’en a pas la même définition. Et n’est-ce pas d’ailleurs là tout l’intérêt d’y réfléchir ? 

Qu’est-ce qu’une entreprise juste ? Une entreprise juste verserait le même salaire à tous ceux et celles qui y travaillent ? Ou au contraire verserait des salaires différents en fonction des responsabilités de chacun·e ? Ou encore adapterait les salaires en fonction des besoins individuels, des situations familiales, personnelles ? Une entreprise juste ferait travailler autant d’hommes que de femmes ? Autant de « jeunes » que de « seniors » ? De français·es que d’étranger·ères ? De gaucher·ères que de droitier·ères ? Une entreprise juste accorderait des congés supplémentaires aux femmes qui auraient des règles douloureuses ? Ou aux parents ? Ou aux personnes âgés car il leur reste a priori moins de temps devant elles ? Ou aux personnes faisant du bénévolat ? 

Une entreprise qui se dit juste sans définir sa conception de la justice, ça ne veut rien dire. Tout comme une politique qui se dirait juste. Ou encore une personne. C’est un concept opérationnel. Un concept qui ne veut rien dire et qui met donc tout le monde d’accord. Qui met tout le monde d’accord et qui ne veut donc (plus ?) rien dire.

On pourrait aussi prendre l’exemple du terme, de plus en plus répandu (prôné ?) d’entreprise « libérée ». « Oui à une entreprise libérée ! ». Libérée de quoi ? Libérée de ses règles ? Libérée de toute hiérarchie ? Libérée de tout rapport de pouvoir ? Ou encore libérée de ses charges ? De ses responsabilités ? De ses obligations ? Obligations de respecter le droit du travail ? De tout et de son contraire ? De tout et (donc de ?) rien ? 

C’est facile de s’accorder sur un terme « positif ». Vive la liberté, l’égalité, la fraternité, la sororité, la justice, la solidarité… Qui pourrait (oser ?) dire (penser ?) le contraire, n’est-ce pas ?

Oui, c’est facile de s’accorder sur ces « concepts opérationnels ». Ces mots qui apparaissent positifs. Bons. Ou tout du moins, d’en avoir l’illusion.

Tout ce qui est bon apparaît, tout ce qui apparaît est bon.

Guy Debord, La société du spectacle, 1967, éditions Buchet/Chastel 

Et comment pourrait-on ne pas approuver ce qui est bon ? Apparaît bon ? Positif ?

Le mot « positif » n’a-t-il d’ailleurs pas le double sens de « positif » au sens de « résultat favorable ou qui constitue une étape dans une progression » mais aussi de « positif » au sens de « quelque chose, d’assuré, dont la réalité ne peut être mise en doute, par opposition à négatif, comme par exemple “un fait positif” »Ainsi, on ne pourrait pas mettre en doute ce qui est « positif » ?

Dans L’homme unidimensionnel, Herbet Marcuse défend cette idée du négatif comme pendant nécessaire au positif. Cette idée d’une « pensée négative » en opposition au système « positif ». Car sans mot(s) négatif(s), plus de pensée(s) critique(s) possible(s) ? De contradiction(s) ? D’opposition(s) ? D’altérité(s) ?

Pas d’altérité, pas de résistance ? 

La personne qui collabore, le collaborateur ou la collaboratrice, le ou la « collabo‘ » est, par définition, celle qui participe à une oeuvre commune, celle qui ne résiste pas.

Résister désigne le fait de s’opposer à quelqu’un·e ou quelque chose. 

Dès lors, comment pourrait-il y avoir de résistance sans altérité, c’est-à-dire sans autre(s) ? Sans autre(s) personne(s) ? Sans autre(s) chose(s) ? 

Culte de l’ « auto » ? 

« Auto » semble être un préfixe linguistique qui a le vent en poupe, comme on dit. 

Aujourd’hui, on veut se sentir autonome, et quoi de mieux pour cela que d’auto-entreprendre afin de pouvoir s’auto-gérer, s’auto-diriger ? Ce, même lorsque l’auto-entreprenariat ne se révélerait être qu’un écran de fumée. Le culte de « l’auto » envahit (séduit ?) également de plus en plus les employé·es (et ceux et celles qui les emploient ?) qui sont encouragé·es à s’auto-motiver, à s’auto-évaluer, à s’auto-contrôler. 

Petit à petit notre rapport à l’autre s’amenuise, après tout il paraît que « l’enfer c’est les autres », non ? Alors, on se (re)centre sur soi. On n’est plus seulement en concurrence avec les autres mais en auto-concurrence, c’est-à-dire en concurrence avec soi-même. On veut sortir de sa zone de confort, prendre des risques, se challenger, performer, se dépasser.

L’auto-concurrence, comme les autres formes « d’auto » est auto-centrée. Elle ne voit pas les autres. Elle ne dépend pas des autres. Elle est indépendante. Elle est libre. C’est d’ailleurs ce sentiment de liberté qui favorise son acceptation. Adhésion. Non-résistance.

Alors on se libère de l’exploitation pour s’enfermer volontairement, ou involontairement, dans l’auto-exploitation. On échange un type de domination par un autre, plus insidieux et bien souvent plus impitoyable. ll paraît que l’on est toujours plus dur·e, plus exigeant·e avec soi même qu’avec les autres, non ?  Et d’autant plus impitoyable qu’irrésistible. Irrésistible car on ne peut pas y résister. 

Après tout, comment résister à soi-même ?

On se retrouve alors employeur·euse et employé·e. Juge et partie. Maître·sse et esclave. Exploitant·e et exploité·e. 

On s’auto-emploie. On s’auto-juge. On s’auto-évalue. On s’auto-maîtrise. On s’auto-censure. On s’auto-limite. On s’auto-domine. On s’auto-soumet. On s’auto-motive. On s’auto-entraîne. On s’auto-félicite. On s’auto-récompense. On s’auto-paye. On s’auto-exploite. 

Et si on peut, parfois, fuir « l’enfer des autres », que peut-on bien faire en auto-enfer ?

Un culte de « l’auto » (un auto-culte ?) nous prive de toute altérité. Ce faisant, on finit par croire que l’on peut tout faire. Que l’on doit tout faire ? Tout pouvoir faire ? Et que notre travail doit démontrer nos capacités, toutes nos capacités. Que toutes nos capacités doivent être démontrées dans un travail ? Des travails ?

Syndrôme du slash ? 

Le « slash (/) » est une barre oblique permettant de marquer une séparation. De ce mot a été inventé le terme, de plus en plus en revendiqué, de slasheur / slasheuse. Ce terme désigne « un individu multi-entrepreneur, qui possède plusieurs identités sur le plan professionnel, qui occupe plusieurs métiers simultanément ».

Il semblerait qu’auto-entreprendre ne suffise déjà plus et qu’il faille à présent « multi-entreprendre ». Et après tout, rien de très étonnant puisque ce terme permet de fusionner deux des termes que l’on entend le plus ces dernières années : « auto-entreprendre » et « multitasking ». 

De plus en plus de personnes se présentent donc sous « plusieurs métiers », « plusieurs identités » :

→ Je suis peintre en bâtiment / musicien

→ Je suis dentiste / cuisinière / blogueuse

→ Je suis chef de projet / coach sportif / papa

→ Je suis écrivaine / photographe / web-designeuse

Ces présentations « slashées » démontrent que l’on est « multi-tâches ». Que l’on peut faire plusieurs choses. Qu’on ne se « limite » pas à une seule tâche. Ni même, à présent, à un seul métier.  

Mais qui a dit que lorsqu’on faisait un métier, on ne faisait « que » cela ? Qu’on était « que » cela ? 

Une avocate ne pourrait-elle pas jouer du ukulele, écrire de la poésie, cuisiner comme une cheffe et courir des marathons ? Devrait-elle préciser sur son (e)profil avocate / musicienne / poétesse / cuisinière / marathonienne ? Et ne fait-elle pas également d’autres choses que ces cinq activités ? Dès lors que liste-t-on ? Tout ce que l’on fait ? 

À la peur d’être limité·e à un métier doit-on répondre par l’obsession du slash ? Du multi-tasking ? Du multi-entreprenariat ? Ce faisant, n’alimentons-nous pas ce que nous essayions pourtant de combattre ? 

En voulant démontrer que l’on n’est pas seulement un métier mais plusieurs métiers, que l’on n’a pas une seule identité (professionnelle) mais plusieurs ne (se) refuse-t-on pas là la possibilité de faire d’autres choses que son métier ? D’être autre chose ? D’être autre ? Et donc de résister ?

Et vous qu’en pensez-vous ? Quels sont les nouveaux (ou moins nouveaux) mots du travail qui vous questionnent ?

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Crédit : Illustration par Vico_dico


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2 Replies to “Travailler les mots, mo(t)deler le travail ?”

  1. Wow.. Ton article est criant de vérité et m’attriste un peu, à vrai dire. En fait, je trouve qu’il dénonce une société tellement malade et bloquée dans le paraître. C’est comme sur internet lorsqu’on emploie le mot “bienveillance”, par exemple et qu’ensuite d’autres crient au scandale que quelqu’un ait employé ce mot là parce qu’en réalité, la personne n’était pas si bienveillante que ça. C’est qu’on utilise les mots à la mode pour paraître ce qu’on doit paraître et que la vérité, la majorité du temps, a disparu. Ca m’attriste parce que j’ai profondément besoin de vérité, d’honnêteté dans ma vie et qu’en ce moment, je me rends compte que c’est tellement rare. Mais ce qui me rassure, ce sont les articles comme le tiens, qui en parlent et qui en parlent avec profondeur, donc sincérité. Merci, j’aimerais que tes articles soient lu par le plus grand nombre, parce qu’ils sont vraiment passionnants !

    1. Coucou Justine,

      Ah la fameuse “bienveillance” je n’aime pas trop ce mot répété, de plus en plus, à toutes les sauces “marketing” et auquel on peut difficilement s’opposer ouvertement (ah bon, comment ça tu ne veux pas du “bien” aux autres ?). Et quand j’y repense je ne l’ai jamais autant entendu que dans la structure qui m’est pourtant apparue comme étant la moins “bienveillante” de toutes (mais c’était écrit “bienveillant” sur toutes leurs communications et tout le monde se faisait des grands sourires donc difficile de trouver quelque chose à redire sur des problèmes plus profonds et mieux cachés et gare à celui ou celle qui aurait oser gratter le vernis…), à se demander si les “grands discours” ne servent pas, bien souvent, que de “masques” ? Je ressens comme toi sur ce “paraître” qui est bien souvent exacerbé sur internet. C’est pour cela qu’il y a quelques années j’avais d’ailleurs supprimé tous mes réseaux sociaux perso et que j’ai longtemps hésité avant d’ouvrir ce blog et plus encore le compte insta associé. Et j’ai souvent encore peur de me laisser entraîner par tout ça d’ailleurs…

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