Quelles émotions pour quels travails ?

quelles émotions pour quels travails

Quelles émotions pour quels travails ? Le sujet des émotions est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps. J’ai toujours eu l’impression d’avoir du mal à « gérer mes émotions », de ne pas toujours avoir les émotions « appropriées » et que cela était un problème. Et qui dit problème dit recherche de solutions. J’ai donc longtemps essayé de « solutionner ce problème », en travaillant sur moi-même. 

C’est en commençant à m’intéresser à l’approche sociologique que j’ai réalisé que les émotions n’étaient pas toutes et toujours « naturelles », « communes », « spontanées » et « évidentes » mais qu’au contraire elles relevaient d’une construction sociale, construction sociale pouvant différer dans le temps, l’espace, et/ou en fonction des groupes sociaux. Ainsi, certaines émotions sont encouragées ou condamnées, dans certaines situations, pour certaines personnes, et même parfois tout court. 

Pour autant, je n’avais jamais appliqué cette réflexion au monde du travail. Ou plutôt je considérais le monde du travail comme représentatif du monde, tout court. Et donc des rapports et des constructions sociales sans considérer les rapports et constructions sociales qui lui étaient propres. 

Au delà, j’ai longtemps eu une vision du monde du travail comme étant, ou plutôt comme devant être, un monde a-émotionnel, c’est-à-dire dans lequel les émotions n’avaient pas leur place. Et je pensais que ma difficulté d’adaptation au monde du travail venait de mon échec à contrôler mes émotions, à les laisser « au vestiaire », comme on dit ou encore à adapter une « poker face », ou un « sourire de façade ». 

J’ai donc commencé à me questionner de plus en plus sur la (non)place des émotions au travail, sur les émotions dites « positives » versus celles qui seraient « négatives », sur l’imaginaire genré qui considère certaines émotions comme étant « masculines » et d’autres comme étant au contraire « féminines », sur les concept de « travail émotionnel » et de « bonne distance », sur la dissonance que j’ai le sentiment d’avoir d’ailleurs si souvent éprouvée entre émotions ressenties et émotions à afficher

Alors pourquoi certaines émotions sont-elles valorisées dans le monde du travail là ou d’autres ne le sont pas ? Cette valorisation est-elle universelle ou bien diffère-t-elle en fonction des métiers et des personnes qui les exercent ? Nous dirigeons-nous « naturellement » vers des métiers correspondants à nos « dispositions émotives naturelles » ? Peut-on travailler nos émotions et quelle est la prise en compte de ce travail ? Pourquoi le travail émotionnel est-il bien souvent considéré comme un « sale boulot » ? La solution aux affects est-elle l’apprentissage et la mise en place d’une « bonne distance » ? Et qu’est-ce qu’une « bonne distance » ? 

Émotions valorisés, émotions dévalorisées ? 

Les émotions et sentiments se construisent individuellement, mais cette construction psychique relève d’une activité sociale, collective et historique ; ces manières de sentir sont des interprétations advenues.

Francis Farrugia, « Socio-anthropologie de la connaissance »SociologieS [En ligne], Dossiers, Émotions et sentiments, réalité et fiction, mis en ligne le 01 juin 2010

Il existerait cinq émotions dites primaires : la joie, la peur, la colère, la tristesse, le dégout (auxquels est ajoutée la surprise par certain·es auteur·trices). Il s’agirait là d’émotions qui seraient biologiquement déterminées, avec lesquels on naîtrait tous et toutes et que l’on retrouverait chez d’autres animaux. À cela viendrait s’ajouter des variations subtiles que l’on développerait en grandissant au grès des contextes sociaux et relationnels auxquels nous serions confronté·es (comme par exemple la honte, l’enthousiasme, la culpabilité, la jalousie, la fierté, le mépris, la satisfaction…).

À l’évocation de ces différentes émotions, nous avons probablement tous et toutes des jugements de valeurs ou tout du moins des a priori qui se dessinent automatiquement. 

A priori, j’ai davantage envie de ressentir de la joie que de la tristesse, et d’être entouré·e de « personnes joyeuses » que de « personnes tristes ». Pourtant, je comprendrais sûrement difficilement qu’une personne exprime de la joie à un enterrement où l’émotion individuelle et collective attendue est la tristesse. A priori, je n’ai pas envie de ressentir de la jalousie, ou j’essaye de la cacher lorsque c’est le cas et pourtant dans certaines situations l’émotion culturellement attendue peut être la jalousie et bizarre serait la personne qui n’en ressentirait pas. A priori, c’est important de se sentir fier·ère de soi, mais il faut aussi savoir rester humble. A priori on doit savoir exprimer de la honte et/ou de la culpabilité dans certaines situations mais notre honte et/ou culpabilité doit-être cachée dans d’autres. 

Il semble donc que certaines émotions soient, a priori, plus valorisées que d’autres. Que certaines émotions soient encouragées tandis que d’autres soient au contraire condamnées ou a minima incomprises. Et que cette valorisation ou dévalorisation peut variée en fonction des situations et des contextes, voire des personnes. 

Émotions « masculines », émotions « féminines » ? 

Ma première « déconstruction » des émotions a probablement était celle supposant que les émotions auraient un sexe et qu’il existerait donc « naturellement » des émotions « masculines » et des émotions « féminines ». Et que les femmes seraient par ailleurs « naturellement » plus « émotives » en opposition aux hommes qui serait, eux, « naturellement » plus « rationnels ». 

Cette division des émotions s’est longtemps retrouvée dans la division du travail et persiste encore aujourd’hui malgré la progressive mise en place d’une plus grande « mixité » des métiers. Ainsi les femmes ont longtemps été « naturellement » assignées aux métiers de service et de soin (le « care ») tandis que les hommes occupaient des postes techniques ou de décisions propices à leur « rationalité naturelle ». 

Un des exemples les plus parlant est sans doute le bon vieux modèle du médecin (au masculin) et de l’infirmière (au féminin). Le travail des médecins (historiquement des hommes) serait technique, pointu et désaffectivé tandis que celui des infirmières et des aides-soignantes (en majorité des femmes) relèverait avant tout de la prise en charge de la relation et des émotions, bien que comportant pourtant également des tâches techniques, souvent sous-estimées et dévalorisées. On observe également que si le médecin est une (femme) médecin elle fera bien souvent face à une double-injonction paradoxale, celle de ne pas laisser paraître ses émotions pour être prise au sérieux d’un côté et celle de démontrer davantage de savoir-être émotionnel puisque son sexe (et sa maternité réelle ou supposée) la y prédisposerait « naturellement » de l’autre. On observe néanmoins un changement progressif dans la formation des médecins qui semble considérer et intégrer davantage la dimension émotionnelle et relationnelle de leur travail (certaines universités dispensent des mises en situation sous forme de scènettes théâtrales par exemple), ce qui laisse espérer que la nouvelle génération ne laissera pas tout le « sale boulot émotionnel » aux infirmier·ères et aides soignant·es. 

Tous les « métiers d’hommes » ne rejettent pas pour autant les émotions sous prétexte qu’elles nuiraient à la « rationalité ». Certains métiers mettent, au contraire, en exergue des émotions dites « masculines » et même « viriles », c’est notamment le cas dans les métiers « physiques » et « risqués » comme l’armée, la police ou encore les pompiers dans lesquels les femmes, en général sous-représentées, doivent, si elles veulent s’intégrer (ce qui reste d’ailleurs encore souvent compliqué) « laisser leur (supposée) sensibilité au vestiaire ». 

Les femmes doivent bien souvent adopter les codes « masculins » du monde du travail, notamment dans les métiers (historiquement) d’hommes. L’inverse semble moins vrai et les hommes qui laisseraient trop paraître leurs émotions et leur « sensibilité » sont bien souvent encore stigmatisés, voire dévalorisés. Car les émotions (et le comportement de manière général) dit « masculin » seraient davantage valorisés, ce qui n’a rien d’étonnant dans un monde du travail pensé par et pour les hommes, ou plutôt par le modèle dominant d’homme, auquel tout « vrai homme » a dû et doit encore bien trop souvent se soumettre (s’il ne veut pas passer pour « soumis », ironie du sort quand tu nous tiens).

Émotions positives, émotions négatives ?

Une autre déconstruction qui a été moins évidente pour moi a été celle des « émotions positives » versus « émotions négatives ». J’ai longtemps cru et adhéré au fait qu’il existait des émotions positives sur lesquelles on devait se concentrer, qu’on devait rechercher, qu’on devait ressentir et exprimer versus des émotions négatives qu’on devait éviter, cacher et refouler. 

J’ai ainsi longtemps laissé exprimer, et peut-être même forcé, les émotions que je considérais, car socialement considérées comme telles, « positives » et donc acceptables et même valorisées. Tandis que je cachais celles qui paraissaient « négatives », et je me cachais les ressentant. Ainsi, je m’efforçais d’arriver toujours avec le sourire au travail, d’être optimiste, de voir le verre à moitié plein, tant et si bien qu’on me qualifiait de personne « positive ». Comme si ça existait des personnes « positives ». Positives, à quoi ? 

Et comme si les émotions dites « négatives » ne devaient pas exister, n’avaient pas leur(s) place(s), n’avaient pas leur(s) utilité(s). N’est-ce pourtant pas la peur qui nous permet de survivre, la colère qui nous permet de ne pas tout accepter, la tristesse qui nous permet de prendre conscience que quelque chose nous manque et de ressentir et traverser ensemble les moments de deuil dont la vie est faite même si on refuse de les ressentir (et de les voir ?) car mieux vaut « positiver » ? 

Pourquoi ces émotions sont-elles encore si mal vues, taboues, ignorées, déniées, refoulées, cachées dans notre monde du travail, et notre monde tout court ? Pourquoi accepte-t-on d’une personne qu’elle exprime sa joie alors qu’on la prierait d’apprendre à gérer sa colère ou de se « reprendre en main » voire de se « soigner » si elle exprime sa tristesse ? 

Encore aujourd’hui j’ai du mal à accepter mes émotions « négatives » et celles des autres, car les deux vont souvent de paire je crois. Effectivement, comment pourrais-je accepter chez les autres quelque chose que je n’accepte pas chez moi ? Comment pourrais-je accepter que les autres ne « travaille » pas (ne fasse pas l’effort de travailler ?) ce que, moi, je fais autant d’efforts à travailler ? À positiver ?

Alors je (me) prescris des émotions et je (m’)en proscris d’autres, comme si c’était aussi simple. Comme si c’était même souhaitable. Mais c’est ce que j’ai appris, ce que nous avons tous et toutes socialement appris, non ? 

Mêmes émotions, différentes valorisations ?

J’ai longtemps cru qu’une émotion était soit valorisée soit dévalorisée (soit valorisante soit dévalorisante ?). J’ai mis plus de temps à réaliser qu’une même émotion ne recevait pas le même accueil non seulement en fonction de la situation mais également en fonction de la personne qui l’exprimait. 

J’ai ainsi observé, et je ne suis probablement pas la seule, qu’une femme doit davantage sourire et être optimiste et joyeuse là où un homme ne doit pas montrer sa tristesse et ne jamais fondre en larme ou ne serait-ce même qu’en laisser couler une, de larme. Qu’une personne qui travaille dans le service doit être chaleureuse, respectueuse et ne jamais laisser paraître d’agacement là où un·e patron·ne doit savoir taper du poing sur la table et ne pas se montrer trop « sensible ». 

J’ai également remarqué qu’une personne peut être valorisée par sa discrétion, pouvant être interprétée comme étant un signe de maîtrise de soi, de supériorité qui n’aurait pas à être démontrée ou à l’inverse dévalorisée là où on y verrait une volonté de ne pas se faire remarquer, une forme de timidité et/ou de honte. À l’inverse, une personne expansive pourrait être dévalorisée par son supposé manque de retenu ou au contraire valorisée par son tout aussi supposé charisme. 

Certains métiers ou certaines positions semblent requérir de disposer, ou au contraire de ne pas disposer, de certaines émotions (compétences émotionnelles ?). Mais dispose-t-on ou non d’émotions ? De nos émotions ? Des émotions des autres ? Existe-t-il, comme on l’a longtemps conceptualisé en opposant les émotions, dont les femmes disposeraient « naturellement » et qui différeraient de celles dont disposeraient « naturellement » les hommes, des types de personnes avec des types d’émotions ? Je ne sais pas vous mais personnellement cette thèse me semble pour le moins douteuse. 

Mais alors, si ce n’est pas le cas, cela signifie-t-il que nous devons « professionnellement » jongler entre émotions ressenties et émotions à afficher ? Ce « jonglement » est-il le même, à la même intensité et à la même fréquence pour tous et toutes ? Qu’est-ce qu’il implique ? Et comment est-il pris en compte ? 

Émotions à afficher, émotions ressenties ?

Toute sociabilisation passe par l’obligation de dissimuler ses émotions en public et de les remplacer par la mise en scène d’autres émotions ou attitudes plus conformes.

Aurélie Jeantet (sociologue), Les émotions au travail, CNRS Éditions, 2018

J’ai souvent eu l’impression que l’on pouvait lire en moi comme dans un livre ouvert et que mes émotions finissaient toujours par me trahir. J’aurais aimé faire partie de ces personnes qui ont l’air de ne jamais perdre la maîtrise. La maîtrise de leurs émotions. Et donc la maîtrise tout court ? 

Paradoxalement j’ai souvent du mal à accrocher avec ces personnes stoïques qui paraissent ne rien « ressentir » et que je n’arrive (donc ?) pas à « sentir ». Vous savez ces « diplomates » dont Victor Hugo disait qu’ils « trahissent tout excepté leurs émotions ». Et quand on y pense, « trahir », verbe que j’ai moi même employé en parlant « de mes émotions qui finissaient toujours par me trahir », n’est pas un choix de mot anodin. 

Dans la vie comme au travail on m’a souvent conseillé de « m’endurcir », de « faire-semblant », de « jouer le jeu », de « prendre de la distance », de « laisser mes émotions et mes états d’âme au vestiaire ». 

Paradoxalement, je me suis pourtant souvent sentie « manipulée » émotionnellement. Par cette personne si amicale qui n’est pourtant pas mon ami·e. Par ce collègue qui vante mon implication et mon efficacité pour me refourguer un dossier. Par cette responsable qui me rappelle que je n’aime pas m’ennuyer, c’est moi-même qui l’ait dit, et qui n’hésite donc pas à « charger la mule ». Par ce RH qui me dit que c’est beau cette jeunesse avec des « valeurs » qui préfère faire un travail qui a du sens plutôt que bien payé, comme si les deux étaient obligatoirement antinomiques. Par ce chef qui clame de beaux discours en externe mais qui terrorise ces employé·es en interne. 

C’est d’ailleurs durant mon expérience professionnelle la plus « sociale », celle qui avait pourtant le plus de « sens » sur le papier, que je me suis sentie la plus manipulée émotionnellement. On nous « prenait par les émotions », on « jouait avec nos sentiments », on nous « héroïsait » jusqu’à nous sacrifier, et une fois que nous ressentions toutes ces émotions on nous culpabilisait de prendre les choses trop à coeur, de ne pas savoir mettre « la bonne distance ». Et gare à celui ou celle qui n’était pas capable de se « reprendre » pour afficher cette « bonne distance », ces « bonnes émotions ».

De la « bonne distance » à la désaffectation ? 

Je n’ai personnellement pas réussi à trouver cette fameuse « bonne distance ». J’avais l’impression qu’autour de moi il y avait les personnes jugées trop émotives et sensibles, comme moi. Et de l’autre celles  en plein déni, qui ne ressentaient plus rien. On repassera pour la « bonne distance », vous me direz. 

« Moi, je l’ai trouvée la bonne distance », me diront peut-être certain·es d’entre vous. Et je serais bien curieuse d’en discuter avec vous. 

Personnellement je ne crois pas à ce concept de « bonne distance ». Je ne crois pas à cette « recette magique ». Cette mesure parfaite qui te dirait qu’à 1m05 ce n’est pas bon, qu’à 1m15 ce n’est pas bon non plus  mais qu’à 1m10 on y est, c’est bon. On n’est pas des machines, on ne peut pas tout mesurer, tout prévoir, tout contrôler, tout compartimenter, il existe et existera toujours une part d’inconnu, d’autant plus dans nos rapports aux autres. 

Selon Aurélie Jeantet, le principe de « bonne distance » ne vise d’ailleurs « pas tant à décrire une modalité relationnelle, comme elle le prétend, qu’à normer des émotions ». Pour pouvoir qualifier d’« anormal » tout (tous et toutes ?) ce qui n’y correspondrait pas ? Bien pratique, toute cette distance. 

Cette distance émotionnelle. Distanciation émotionnelle qui va souvent de pair avec distanciation physique, délocalisation, informatisation et standardisation des ressources (in)humaines. Et oui, c’est plus facile de ne pas ressentir (réagir ?) à ce qu’on ne voit pas. Quoi de mieux pour être « bien » au travail que de ne pas voir tout le « mal » qui s’y passe, n’est-ce pas ? 

Et après tout quoi de plus humain que de chercher à se protéger ? De détourner le regard ou fermer les yeux sur ce que l’on ne veut pas voir, de ce qui serait trop douloureux de voir ? 

 Émotions qui existent, émotions qui résistent ? 

Alors, on enfile ses oeillères, ou son casque anti-bruit. On se tient à distance. On se protège. On n’écoute pas les émotions des autres. On n’écoute pas les siennes.

Sauf si elles sont « positives ». On se persuade que le bonheur est une fin en soi, un but à atteindre au travail et dans la vie, que tout ça c’est dans la tête, qu’on peut se faire coacher ou s’auto-coacher, pas de place ni d’excuse pour les émotions rebelles.

Après tout à quoi sert tout ce panel d’émotions, si on peut (et quand on veut, on peut, n’est-ce pas ?) ressentir de la joie, de la joie et encore de la joie ? Tous les jours, en toutes circonstances.

Et que personne ne vienne nous parasiter avec des pensées et des émotions « négatives » (autres ?). Chacun·e ses émotions. Chacun·e ses responsabilités. Non plus divisées mais individuelles.

L’individualisme (des émotions) nous sauvera-t-il tous et toutes contre ces émotions qui existent et qui résistent ? Chacun·e ses émotions, chacun·e sa charge, chacun·e pour soi ? Distance, déni, désaffectation, normalisation, individualisation, uniformisation, uni-émotion, sans émotion ?

Personnellement, j’ai envie de faire le pari du contraire. De faire le pari des émotions partagées. Du partage des émotions. Des émotions au travail. Du travail des émotions. Des émotions qui nous pèsent, des émotions qui nous rendent plus légers et légères, pour un équilibre partagé. Pour un partage équilibré.

Les émotions ne sont pas un luxe mais un auxiliaire complexe dans la lutte pour l’existence 

António Damásio (neurologue), Le Sentiment même de soi: Corps, émotions, conscience, éditions Odile Jacob, 1999

Et vous qu’en pensez-vous ? Quel est votre rapport à vos émotions au travail ? Considérez-vous que vous effectuez un « travail émotionnel » ? Si oui, est-il reconnu et valorisé selon vous ? Que pensez-vous du concept de « bonne distance » ? Pensez-vous que le travail devrait-être (pourrait être ?) un espace a-émotionnel ? Ressentez-vous cette dissonance entre « émotions ressenties » et « émotions à afficher » ? Comment pensez-vous que les émotions impactent votre travail (et votre vie) ? Et vice versa ?


Crédit : Illustration par Vico_dico


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2 Replies to “Quelles émotions pour quels travails ?”

  1. Après t’avoir lu j’ai l’impression que le travail est le reflet de notre société et des règles du « savoir vivre »(ensemble). On n’accepte pas les gens qui s’exprime, qui brèche l’ordre, l’onde. Dans nos sociétés issues du puritanisme chrétien (Hou le je part loin haha), les émotions sont condamnées, sont devenues des « péchés ». Au travail c’est comme quand tu est dans la rue, entouré de gens qui ne sont pas dans ton cercle proche. Si dans la rue tu pleure, tu rigole, tu est en colère les gens souvent vont se retourner, ha tu viens juste de briser l’onde que tout le monde doit respecter. Je pense que c’est un « instinct » culturel ancré. En chine les émotions sont totalement taboue au travail comme dans la vie, jusqu’au sein même des foyers. Liés aussi au taoïsme qui prône le contrôle de soi donc le contrôle de ses émotions, ying and Yang, respecter l’équilibre, ne pas être Trop, ni pas assez. Encore une notion de « gérer » son individualité au sein d’un groupe.

    1. Salut Lulu,

      Entièrement d’accord, pour moi le monde du travail n’est pas hermétique ni séparé du monde, tout court, et on y observe donc les mêmes fonctionnements, mécanismes, règles à suivre… Et je dirai même que d’autres règles s’y ajoutent et/ou viennent se substituer à d’autres ce qui rend le schmilblick encore plus difficile à suivre (et parfois totalement dissonant).

      C’est vrai que maintenant que tu en parles, c’est “bizarre”, “mal vu”, “a-normal” d’exprimer des émotions en public (encore plus pour certaines “catégories” de personne et dans certaines cultures).

      C’est intéressant ce que tu partages sur la Chine, qui est un pays (et une culture) que je ne connais pas du tout. J’aurais eu tendance à “idéaliser” cet espèce d’équilibre “ying & yang” venu d’Asie et admirer les personnes qui ont l’air “si bien équilibrées”, comme si c’était naturel, ou facile pour elles (car dans leur culture ?) en oubliant que cela s’est construit et que cela n’a pas dû / ne doit pas être évident à “tenir” (s’y conforter ?).

      Je ressens souvent (tout le temps ?) cette impression d’être, soit dans le “trop” soit dans le “pas assez”, sans jamais réussir à atteindre “l’équilibre” (la norme ?) et ce que j’ai longtemps cru être “ma difficulté”, mon “problème” je réalise que beaucoup (tout le monde ?) le ressent à un moment donné. Comme tu dis cela soulève la question de l’individualité au sein d’un groupe et c’est une question passionnante sur laquelle il y aurait tant à questionner (et c’est d’ailleurs bien souvent l’angle de mes questionnements et du blog cette dynamique de nos rapports au monde (du travail) en tant qu’individu(s) et société(s)).

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