Peut-on être ami·e avec ses collègues ?

ami·es au travail

« Peut-on être ami·e avec ses collègues ? ». C’est une question que je me suis souvent posée. Une question sur laquelle j’ai beaucoup changé d’avis. Une question qui continue de me questionner. 

Il y a quelques mois, mes soeurs et moi nous sommes mises à discuter d’amitié et de travail. D’amitié au travail. Peut-on « vraiment » être ami·e avec un·e collègue ? Ne vaut-il pas mieux laisser ses sentiments à la porte du bureau ? Ne dit-on pas qu’il est préférable de ne pas mêler « vie perso » et « vie pro » ? 

Mais peut-on réellement dissocier nos deux « vies » ? Contrôler nos sentiments ? Et quoi de mieux que de pouvoir retrouver chaque jour des ami·es au travail, sachant qu’on y passe une grande partie de notre temps ? De joindre l’utile à l’agréable, comme on dit ? 

Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie

Confucius, philosophe chinois (551-479 avant Jésus-Christ)

Choisis de travailler avec des personnes que tu aimes, et tu n’auras pas l’impression de travailler un seul jour de ta vie ? 

Pendant longtemps, j’ai eu envie d’être ami·es avec mes collègues. Tout comme je voulais « absolument » faire un travail que j’aime. J’avais envie de donner du sens et de la profondeur à mes relations de travail, tout comme je voulais donner du sens et de la profondeur à mon travail tout court et, à travers lui, à mon existence, je crois. 

Et, après tout, mes collègues n’étaient-elles pas les personnes que je côtoyais le plus ? Tout comme j’avais rencontré mes ami·es à l’école, à force de passer du temps avec eux et elles, j’allais me faire des ami·es au travail, c’était une évidence. Et le contraire aurait même été un échec, non ? 

Peut-on être ami·es avec ses collègues ? 

Je ne sais pas vous mais, moi, ma principale peur lorsque je commençais un nouveau travail a longtemps été celle de ne pas réussir à m’intégrer, à me faire des « ami·es ». Un peu comme quand, la veille d’une rentrée scolaire, j’avais davantage peur de me retrouver toute seule que de ne pas réussir à faire un exercice en classe. 

Je m’en fichais de ne pas réussir à faire un exercice, cela ne me semblait pas si grave. Pas si important. Pas « aussi » important, et donc préoccupant, que ma relation « aux autres ». Après tout, lorsqu’il fallait faire des travaux de groupe, on se mettait « naturellement » avec nos ami·es. Lorsqu’on avait besoin d’aide ou de conseils, on demandait « naturellement » à ses ami·es. 

Alors sans ami·e(s), comment faisait-on ? Comment pouvait-on bien faire ? 

Quand j’ai commencé à travailler, j’ai donc (inconsciemment ?) cherché à me faire des « ami·es ». À entretenir des relations « amicales ». À apprécier et cultiver une amitié naissante.

Vouloir être ami·e avec ses collègues ?

J’ai effectué mon stage de fin d’études dans une structure qui me semblait « amicale ». Et dans laquelle tou·tes les stagiaires étaient rassemblé·es dans le même bureau. Cette structure étant également centre de formation, certain·es stagiaires étudiaient d’ailleurs ensemble. De là, j’avais l’impression de me retrouver comme dans une « promo ». 

Non pas la « promo » des étudiant·es de tel diplôme ou de tel école mais la « promo » des stagiaires. La « promo » des stagiaires, de cette structure.  

Ayant emménagé pour ce stage dans une nouvelle ville, je n’avais plus mon cercle habituel d’ami·es et très vite, mes « collègues » sont devenu·es mes « ami·es ». On parlait d’autres choses que de boulot et on se voyait en dehors du travail. 

Certains « permanent·es » mettaient un peu plus de distance avec les « stagiaires », et notamment avec ceux et celles qu’ils et elles avaient pour élève(s). Mais on retrouvait aussi chez eux et elles cette ambiance « amicale ». Beaucoup avaient d’ailleurs été « stagiaires » ensemble avant d’être embauché·es. 

À l’issue de mon stage, j’ai été moi-même embauchée et je suis donc passée du bureau des « stagiaires » au » bureau des « permanent·es ». L’ « intégration » a été plus difficile car j’avais l’impression d’être toujours « une stagiaire » mais c’est une autre histoire sur laquelle je ne vais pas digresser, aujourd’hui. 

Certain·es de mes collègues se plaignaient de leur travail et de la structure de manière générale mais semblaient rester pour la « super ambiance ». « Super ambiance » que beaucoup craignaient (refusaient ?) de ne pas retrouver ailleurs. 

Je me souviens qu’à ce moment là j’avais trouvé ce raisonnement stupide. Comment peut-on penser qu’aimer les personnes avec qui on travaille est une raison suffisante pour rester dans un travail qui ne nous plaît pas ? C’est triste comme manière de penser, non ? 

Nos ami·es, on peut les voir en dehors du travail, non ? On n’est pas « obligé·e » d’être ami·e avec ses collègues pour aimer son travail, si ? Pour pouvoir travailler ? 

Devoir être ami·e avec ses collègues ?

Personnellement, ce travail ne me plaisait pas. Il y avait des choses qui me plaisaient mais d’autres non. Et clairement, je n’étais pas « heureuse » d’aller travailler, même si je rejoignais des « ami·es ». Alors, j’ai changé de travail. J’ai changé de collègues. Et donc « d’ami·es » ?

Et bien oui. Et non. 

Dans ce nouveau travail, l’ambiance était totalement différente. Mes collègues étaient un peu plus âgé·es et avaient, pour la plupart, une vie de famille. 

Au début, cela m’a rendu triste. Je m’ennuyais pendant les pauses déjeuner. J’avais envie de « m’intégrer » à l’équipe et en même temps j’avais l’impression que je n’allais pas y arriver. J’avais toujours vécu l’intégration à un groupe par le développement de liens d’amitié. Je ne savais pas comment m’intégrer autrement. Et d’ailleurs était-ce seulement possible de s’intégrer sans passer par la case « amitié » ? 

Et puis, quel intérêt de côtoyer des personnes toute la journée « juste » pour le travail ? En fait, on se parle seulement par « intérêt » et non pas parce qu’on l’est, « intéressé·e » ? Par « obligation » ? Par « devoir » ? Et « l’humain dans tout ça, il est où » ? 

C’est bizarre, non ? Superficiel ? Malaisant ? Hypocrite ? 

Mais aussi plus simple, non ? Honnête ? Équilibré ? Sain ? 

Travailler avec un·e ami·e c’est chouette mais s’il y a des problèmes au travail, cela va affecter l’amitié. Et si il y a des soucis dans l’amitié, cela va affecter le travail. C’est le risque. Risqué. Non ?

Alors, on ne doit pas forcément être ami·e avec ses collègues ? Et ce, même pour s’intégrer ? Mais l’amitié ne se contrôle pas, si ? 

Peut-on ne pas être ami·e avec ses collègues ? 

Je ne sais pas si j’ai finalement réussi à « m’intégrer » dans ce travail. Il faudrait que je demande à mes ancien·nes collègues ce qu’ils et elles en pensent, tiens. Mais on s’est un peu perdu·e de vue.

J’ai bien envie de dire que oui. Je pense que même si nous n’avons pas bâti de « relations d’amitié », nous avions de « bonnes relations ». On ne se voyait pas en dehors du travail mais on ne parlait pas que boulot, loin de là. Et on travaillait bien ensemble, je crois. Mieux que dans ma précédente expérience qui était pourtant plus « amicale », d’ailleurs. 

Je ne suis pas restée dans ce travail, il ne me plaisait pas non plus et j’étais toujours en quête d’un travail qui me plairait (du Saint Graal ?). Et puis, je dois l’avouer, une partie de moi était nostalgique de mon « premier travail » (qui ne l’était pourtant pas, comme je vous le raconte dans l’article sur ma première expérience professionnelle, dans lequel je questionne notre « choix » de « première expérience pro »). 

Je me disais que mes ancien·nes collègues qui avaient choisi, contrairement à moi, de rester pour la « bonne ambiance » avaient peut-être raison, finalement. Autour de moi, personne n’avait l’air d’aimer son travail. Alors à défaut d’aimer son travail, n’était-il pas préférable d’aimer ses collègues ? 

Et puis, si cela permet de « faire rester » les personnes, ne vaut-il mieux pas recruter (se faire recruter par ?) des ami·es potentiel·les ? 

Recruter des « ami·es » ? 

J’ai souvent entendu que ce qui faisait, bien souvent, la différence en entretien c’était le « feeling ». Avoir un « bon feeling ». Une sorte d’entente spontanée. Une promesse d’amitié à venir ? 

Il y a peu, alors que je regardais des offres d’emploi, je suis tombée sur une annonce qui spécifiait que « celui ou celle qui n’aimait pas les jeux vidéos pouvait passer son chemin ». Et ce n’était même pas une entreprise spécialisée en jeux vidéos. Je sais pas vous mais, moi, c’est en général le genre de phrase qui me fait direct « hérisser le poil » et zapper une annonce. Non mais on aura tout lu (vu ?), non ? 

Pourtant, ce genre d’annonces est de plus en plus commun. Proposé ? Recherché ? 

Et, en y réfléchissant, j’ai réalisé que la manière de présenter le truc m’avait agacé mais que, pourtant, je pensais comme cela moi aussi, au fond. En forme ? 

J’ai envie de travailler avec des personnes qui ont des points communs avec moi. Les mêmes passions. Les mêmes valeurs. Les mêmes intérêts. Les mêmes goûts. Des personnes avec qui je pourrais me lier. Me lier d’amitié ? 

Je peux comprendre l’intérêt productiviste des entreprises de surfer sur la belle vague de l’amitié, des bons sentiments, du divertissement, du bonheur à coup(s) de team-building, de tables de ping-pong, de bières à volonté, de cours de yoga, de nourriture, de valeurs et centres d’intérêts partagés. Car quand on ne s’ennuie pas, quand on se sent bien, quand on est entre ami·es, pourquoi rentrer chez soi, n’est-ce-pas ? 

Mais nous, en tant que personnes, pourquoi sommes-nous si nombreux et nombreuses à vouloir associer collègues à ami·es ? Ami·es à collègues ?

J’ai l’impression que cette envie (ce besoin ?) est d’autant plus présente chez nous, les jeunes. Est-ce seulement une question d’âge, de mode de vie, d’expérience ? Allons-nous changer avec le temps ? Ou bien ce mode de fonctionnement va-t-il continuer de s’étendre ? S’étendre jusqu’à devenir la norme ? Jusqu’à sembler « naturel » ? 

Pouvoir dire non à l’amitié ? 

Pouvons-nous dire « non » à « l’amitié » ? Pouvons-nous contrôler nos sentiments (d’amitié) ? D’autant plus quand tous les facteurs semblent, de plus en plus, réunis pour nous faire (pousser à vouloir ?) « travailler entre ami·es » ? 

Je crois que oui, nous pouvons dire non. Je crois même que l’on doit apprendre à pouvoir dire non. C’est, tout du moins, ce que j’ai envie d’apprendre à faire. 

Dans une de mes précédentes expériences, mon sentiment d’amitié a compliqué ma situation au travail. Avec le recul, il était d’ailleurs déplacé. Inapproprié. Toxique. Il a, entre autres, alimenté mon burn out.

Je suis « devenue amie » avec celle qui était censée être ma manageuse. Certain·es me diront que cela ne pouvait pas être de l’amitié puisque l’amitié repose sur des liens d’égalité tandis qu’une relation de « manageuse » à « managée » repose sur la notion de hiérarchie. Oui, mais l’amitié ne se « contrôle » pa,s répliqueront d’autres. 

Et puis, aujourd’hui on prône le système horizontal. Moi, la première. La hiérarchie, non merci. C’était l’ancien temps. Alors, pas de « manageuse », pas de « managée ». Enfin, officiellement. 

Officiellement, on est sur un pied d’égalité. On est même « ami·e ». 

Pourtant, un système dit (prôné ?) « horizontal » rime rarement avec égalité, si ? Ma « manageuse » et moi, nous n’étions pas égales. Nous n’avions pas les mêmes tâches, pas les mêmes responsabilités, pas la même autonomie, pas le même pouvoir de décision, pas les mêmes salaires. 

De là, « l’amitié » ne serait-elle pas « utilisée », comme parfois « l’engagement », « le sens du devoir », « l’amour » le sont ? Ne dit-on pas d’ailleurs, parfois, qu’on ne « dit pas non à un·e ami·e ? ». 

Et si on ne dit pas « non à un·e ami·e » (ou tout du moins plus difficilement « non » ?), peut-on dire « non à l’amitié » ? Non à l’instrumentalisation (l’exploitation ?) de l’amitié ? Peut-on essayer de ne pas favoriser (utiliser ?) l’amitié dans certains contextes ? De ne pas « jouer la carte de l’amitié » pour « tirer profit de l’autre » ? 

Peut-on ne pas être ami·e avec ses collègues tout comme on pourrait l’être ? Peut-on être ami·e une fois que l’un des deux n’est plus en poste tout comme on pourrait continuer de l’être malgré le changement de travail ? 

Ne pourrait-on pas davantage encourager d’autres formes de collaboration que celles entre ami·es, ce dès l’école ? Pourrait-on ne pas (ne plus ?) « marchandiser » les émotions et les sentiments car cela fait vendre, cela fait consommer, cela fait travailler, cela fait du profit ?

Et vous qu’en pensez-vous ? Pensez-vous qu’on peut être ami·e avec ses collègues ? Préférez-vous « garder vos distances » ? Ou au contraire développer des amitiés ? Avez-vous déjà eu des difficultés à gérer l’amitié au travail ? Avez-vous déjà eu la sensation d’être encouragé·e à être ami·e avec vos collègues ? Ou bien que votre (sentiment d’) amitié avait été « utilisée », « exploitée » ?

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Crédit : Image par StockSnap de Pixabay


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6 Replies to “Peut-on être ami·e avec ses collègues ?”

  1. Je pense que “on” peut être ami avec ses collègues. Mais je ne sais absolument pas si l’on doit l’être, si cela est nécessaire, ou au contraire à éviter. Pour ma part j’ai suivi le même raisonnement que toi au fil de mes expériences : il me semblait primordial de construire des amitiés, ou du moins des relations amicales avec mes collègues pour pouvoir m’intégrer sur chacun de mes postes. Cette préoccupation a même pris le pas quelques fois sur mon travail proprement dit. Ainsi lors de ma dernière expérience, ne réussissant pas à établir une relation satisfaisante avec mes collègues, j’estimais que je n’arrivais pas à m’intégrer. Ce constat d’échec a déteint sur mon activité. Alors que le public que je gerais semblait pleinement satisfait de l’accompagnement que je leur proposais, et que j’entretenais avec les partenaires extérieurs de bons rapports, je me focalisais sur cette échec relationnel auprès de mes collègues. Cela s’ajoutant à d’autres facteurs d’épuisement, j’en suis arrivée à un burn out.
    Reprenant ton raisonnement, j’aimerais aussi mieux me détacher et ne pas accorder trop d’importance à ces relations entre collègues. Pourtant je pense que selon notre tempérament, notre nature, on peut parfois très difficilement mettre de côté ce besoin de créer du lien, avec ces personnes auprès de qui nous passons tant de temps. Je vois cette recherche d’amitié comme quelque chose d’inévitable (encore une fois nous ne sommes pas tous pareil hein, certains s’en passent aisément) et donc comme un challenge supplémentaire dans ce jeu de rôle, où nous devons déjà assurer sur tant de plans (productivité, veille, communication…).

    1. Coucou Elo,

      Merci pour ton partage, je me reconnais sur l’importance (trop grande importance ?) que j’ai tendance à accorder à mes relations avec mes collègues. Ce qui m’a comme toi, parfois, conduit à remettre en question mon travail alors même que le reste se passait bien. Ça m’a littéralement « pris la tête » / fatigué par moments. Je crois d’ailleurs que la relation aux collègues est un facteur qui joue dans le burn out, car outre l’énergie que l’on peut perdre à se focaliser sur cela, si on ne se sent pas reconnu·e, soutenu·e au travail et aidé·e on se retrouve seul·e, on va tout prendre sur soi jusqu’à éventuellement finir par s’effondrer. Je me souviens notamment d’un ami qui a fait un malaise au bureau et qui a tout de suite été soutenu par ses collègues qui lui ont dit de se reposer, que ça pouvait arriver à tout le monde et qui ont géré son travail le temps qu’il se repose et se remette sur pied, ce qu’il a d’ailleurs fait « vite », sûrement aidé par leur compréhension et soutien. Et ses collègues n’étaient pourtant pas des ami·es ce qui me fait penser qu’on peut être un·e excellent·e collègue sans être forcément un.e ami·e (et parfois peut être même plus que si des sentiments d’amitié entraient en jeu ?). Mais comme tu dis, ce n’est pas facile de ne pas rechercher à nouer de liens d’amitié et parfois ils se nouent peut-être même sans qu’on ne s’en rende compte, c’est un vrai challenge, auquel pour ma part je ne me suis pas sentie assez préparé·e en entrant « dans la vie active » et en agissant (inconsciemment ?) comme j’avais toujours « appris » à le faire pendant mes études, c’est à dire en essayant de me faire des « ami·es ».

  2. Bonjour Camille et merci pour cet article au ton léger dans un contexte actuel où le travail plus que jamais devient lieu de domination et inégalités (d ailleurs lira t on bientôt un article sur la mise en chômage partiel ou/ et le télétravail « forcé » ?)
    Pour faire échos à certains de tes points, il semble que le travail soit un prolongement de l école quant il s agit des relations sociales – on veut être accepté.e / apprécié.e, on veut être choisi.e pour les projets de groupe etc.
    Il y a 10ans j aurai répondu que oui on peut être amis avec ses collègues, on débute une carrière, on a souvent les mêmes situations personnelles, on a encore peu de responsabilités et de pouvoir. À présent, j en suis moins certaine mais je crois également que c est parce que j ai changé mon approche. On peut respecter le travail de quelqu un et apprécier travailler avec cette personne sans pour autant avoir un engagement « sentimental ». Peut être que l environnement Anglo Saxons dans lequel j evolue à changer mes perspectives mais pourquoi chercher absolument à être ami.e? Nous avons la chance dans la langue françaises de pouvoir formaliser j’e hiérarchiser nos relations sociales (connaissance, copain, ami) reflétant bien le degré de confiance et d intimité que l on s autorise dans chacune de ses relations.
    Il y a bien quelques personnes que je considère comme des ami.es mais ils sont très rares & ce n est plus un souci. Il y a énormément de personnes avec qui j aimé travailler, avec qui je partage une vision. Personnellement rationaliser les relations sociales au travail m a évité nombreuses déceptions / relations « malsaines » et finalement j en suis d autant plus « heureuse » au travail et dans ma vie en général car je sais vers qui me tourner selon mes besoins. Alors pourquoi ne juste pas être collègues?

    1. Coucou la Hyène,

      Merci pour ton partage, je crois également qu’avec l’âge et l’expérience on prend du recul. Ou tout du moins, c’est ce que j’ai l’impression d’observer. Quand j’entendais ce genre de discours plus jeune je trouvais ça horrible. Je me disais que c’était triste de penser comme ça, de devoir « s’endurcir », d’entendre qu’on n’était pas au boulot « pour se faire des ami·es ». Et puis finalement, je suis à présent plutôt d’accord avec ce raisonnement et je crois que, comme tu le dis, on peut apprécier de travailler avec quelqu’un·e sans le ou la considérer comme un ami·e. Et que parfois on travaille d’ailleurs mieux sans « poids émotionnel ». Alors, « pourquoi ne pas juste être collègue » ? C’est une super bonne question. Pour ma part, j’ai du mal à me distancier notamment quand mes collègues sont du même âge, et avec les mêmes goûts que moi et j’ai encore le réflexe « appris » à l’école de vouloir me faire des « ami·es ». C’est d’ailleurs quelque chose que j’aurai aimé qu’on m’apprenne, qu’on me pousse, par exemple, davantage à travailler en groupe avec des personnes tirées au sort (et qu’on travaille plus en groupe tout court d’ailleurs). Et j’ai aussi l’impression qu’il y a toute une nouvelle tendance qui nous encourage à développer des relations amicales (team building, entretiens orientés « personnalité », évènements « informels » en soirées et en weekend…) et qui pour ma part m’embrouille un peu. Et c’est marrant que tu parles du système anglo-saxon car cette nouvelle tendance nous vient de nos voisin·es outre atlantique très « friendly » mais sans être forcément « ami·es » et je me demande si cela n’est pas confusant pour nous « français·es ». En tout cas pour ma part, ça me perturbe et je pense que ça a joué sur ma perception de collègues très « friendly » que j’associais donc à des ami·es alors que non ils et elles étaient « juste » amicaux.

  3. Coucou Camille, voilà encore un sujet vaste et intéressant! Pour ma part, j’ai souvent eu le réflexe de commencer un travail en établissant des frontières strictes avec ma vie privée, le souhait de ne pas tout mélanger, etc. Mais ce qui est drôle, c’est que j’ai récemment réalisé que c’est précisément au travail que j’ai rencontré certaines de mes meilleures amies. Dans mon job actuel, j’ai aussi constaté à quel point avoir des amis au travail est une ressource précieuse dans les moments difficiles. Même si j’imagine que cela peut créer des difficultés dans certains cas, cela m’a beaucoup aidée et je suis donc contente d’avoir “baissé ma garde” avec ces collègues devenus amis. En revanche je ne crois pas qu’il faille forcément être ami avec ses collègues pour bien bosser, ou leur “ressembler” (cf. ton exemple des jeux vidéo, même si je comprends la démarche je trouve cela quand même maladroit). Il m’est arrivé de travailler avec des personnes aux antipodes de ma personnalité, mais c’était une bonne expérience dans la mesure où ces personnes étaient respectueuses et professionnelles.

    1. Coucou Amtiss,

      C’est intéressant de lire que malgré ton “réflexe de distance”, tu t’es finalement liée d’amitié. J’imagine qu’avoir des ami·es au travail peut-être une ressource précieuse, et que les bons comme les mauvais moments au travail participent aussi à souder des relations, des amitiés. Finalement, je me demande si ce n’est pas tant l’amitié tout court qui peut être (est ?) compliquée, que ce soit au travail comme ailleurs. On peut être décu·e, ne pas avoir les mêmes attentes, s’éloigner, ne pas toujours se comprendre. Et lorsqu’on travaille ensemble, ça peut finir par être explosif là ou des amie·es qui ne travailleraient pas ensemble pourraient juste se laisser un peu d’air, peut-être ? En en ayant discuter avec plusieurs personnes, j’ai finalement l’impression d’ailleurs que les cas difficiles “d’amitié au travail” ne l’était pas tant du fait de l’amitié mais plutôt de “l’illusion d’amitié”, où l’une des deux personnes voyait de l’amitié là ou l’autre ne voyait que de l’amicalité. Amicalité parfois (de plus en plus ?) encouragée par des entreprises floutant les lignes du pro et du perso, et favorisant les équipes de personnes qui “matcheraient” davantage sur leurs intérêts persos que sur leurs compétences, peut-être en espérant les garder plus longtemps en poste et/ou au bureau, plus “heureux·se”, et surtout plus “productif·ves”.

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